En bref : le bilan pédagogique et financier (BPF) est la déclaration annuelle que tout organisme de formation titulaire d’un numéro de déclaration d’activité adresse à l’administration. Il retrace les produits et les charges liés à la formation, les heures dispensées et les stagiaires accueillis pendant l’exercice clos. Il se dépose en ligne sur la plateforme Mon Activité Formation, en principe avant le 31 mai, y compris quand aucune action n’a été réalisée.
Pour une association qui anime des formations, ce document arrive souvent au printemps comme une formalité de plus, coincée entre l’assemblée générale et les dossiers de subvention. Il compte pourtant beaucoup : sans lui, le numéro de déclaration d’activité peut devenir caduc, et la structure perd alors la possibilité de faire financer ses actions par les OPCO, le CPF ou les pouvoirs publics. Ce guide reprend la logique du formulaire, le calendrier, la manière de rapprocher les montants de la comptabilité et les pièges qui reviennent d’une campagne à l’autre.
Bilan pédagogique et financier : à quoi sert cette déclaration annuelle
Prévu par le Code du travail, le BPF correspond au formulaire Cerfa n° 10443. Il a deux faces. La partie pédagogique décrit qui a été formé, combien d’heures, dans quelles spécialités et avec quels objectifs. La partie financière indique d’où vient l’argent perçu au titre de la formation et comment il a été dépensé.
Ces données servent d’abord au contrôle. Les services régionaux de contrôle des DREETS (la DRIEETS en Île-de-France) les utilisent pour vérifier la réalité de l’activité et repérer les incohérences, par exemple un chiffre d’affaires élevé pour très peu d’heures déclarées. Elles alimentent aussi les statistiques nationales sur l’offre de formation. Depuis la réforme de 2018 et la refonte du formulaire appliquée à partir de 2019, le bilan intègre l’apprentissage, le compte personnel de formation et les nouveaux circuits de financement passant par les OPCO et la Caisse des dépôts.
Un point simple évite bien des confusions : le BPF porte toujours sur un exercice comptable déjà clos. La campagne 2026, close au printemps, concernait ainsi l’exercice 2025, et la prochaine portera sur l’exercice 2026.
Quels organismes de formation sont tenus de déposer un BPF
L’obligation ne dépend ni de la taille ni du statut juridique. Elle découle de la détention d’un numéro de déclaration d’activité. Sont donc concernés les prestataires qui réalisent :
- des actions de formation, en présentiel, à distance ou en situation de travail ;
- des bilans de compétences ;
- des actions permettant de faire valider les acquis de l’expérience ;
- des actions de formation par apprentissage, pour les CFA.
Une SARL, un formateur indépendant en micro-entreprise, un établissement public ou une association loi 1901 sont logés à la même enseigne. Pour le secteur associatif, le cas typique est celui d’une structure dont la formation n’est qu’une activité parmi d’autres : une ligue sportive qui forme des éducateurs, une association d’éducation populaire qui prépare au BAFA, un réseau qui forme les salariés de ses membres. Seule l’activité de formation entre dans le BPF. Les cotisations, les manifestations, les activités d’animation ou les dons restent en dehors du formulaire.
À l’inverse, une association qui forme ses propres bénévoles en interne, sans facturer et sans numéro de déclaration d’activité, n’a aucun bilan à transmettre.
Déclarer son bilan pédagogique et financier sur Mon Activité Formation, étape par étape
La télédéclaration passe exclusivement par Mon Activité Formation (MAF), le portail qui sert aussi à déposer la déclaration d’activité initiale et à signaler les modifications de l’organisme. La campagne ouvre généralement en début d’année et la date limite est fixée au 31 mai pour l’exercice précédent. Il est déjà arrivé que l’échéance soit repoussée de quelques semaines, notamment pendant la crise sanitaire, mais mieux vaut ne pas compter sur un tel report.
- Se connecter avec le compte rattaché à l’organisme, idéalement celui du dirigeant ou d’une personne habilitée, et non l’adresse personnelle d’un bénévole susceptible de partir.
- Vérifier l’identification : SIRET, adresse, nom du représentant légal. Une adresse obsolète suffit à faire manquer les courriers de l’administration.
- Choisir l’exercice concerné, en tenant compte des dates réelles d’ouverture et de clôture des comptes.
- Saisir les données financières : origine des produits puis charges, toujours hors taxes.
- Renseigner les données pédagogiques : intervenants, stagiaires, heures, objectifs et spécialités de formation.
- Traiter les alertes de cohérence affichées par l’outil avant de valider.
- Valider et archiver le récapitulatif obtenu, avec les pièces de travail ayant servi au calcul.
Comptez une demi-journée si les chiffres sont prêts, beaucoup plus si vous devez reconstituer les heures à partir de feuilles d’émargement éparpillées.
Le contenu du BPF, cadre par cadre
Le formulaire est découpé en cadres repérés par des lettres. Le tableau ci-dessous résume leur rôle et indique où trouver l’information dans une association.
| Cadre | Ce qu’on y déclare | Où trouver l’information |
|---|---|---|
| A. Identification | Raison sociale, numéro de déclaration d’activité, SIRET, adresse | Statuts, avis de situation INSEE |
| B. Caractéristiques | Informations sur l’organisme, par exemple le recours à la formation à distance | Catalogue et modalités pédagogiques |
| C. Origine des produits | Montants hors taxes perçus des entreprises, des OPCO, des pouvoirs publics, des particuliers, d’autres organismes de formation | Factures et comptes de produits de l’activité formation |
| D. Charges | Total des charges liées à la formation, dont salaires des formateurs et achats de prestations | Comptes de charges ventilés par activité |
| E. Intervenants | Nombre de personnes ayant dispensé des heures, internes ou externes, et volume horaire | Contrats, conventions d’intervenants, plannings |
| F. Bilan pédagogique | Stagiaires et heures-stagiaires par type de public, objectif et spécialité | Feuilles d’émargement, attestations de fin de formation |
| G. Formations confiées | Stagiaires formés pour le compte d’un autre organisme | Contrats de sous-traitance |
| H. Dirigeant | Identité de la personne qui certifie l’exactitude des données | Procès-verbal désignant le président ou le directeur |
La numérotation et le détail des rubriques peuvent bouger d’une version du Cerfa à l’autre. La référence reste la version affichée dans MAF l’année du dépôt.
Rapprocher les chiffres financiers du BPF de la comptabilité associative
C’est la partie qui pose le plus de difficultés aux trésoriers bénévoles, parce que le BPF ne reprend pas les comptes annuels tels quels. Il isole une activité précise. Le point de départ reste néanmoins votre Bilan financier association, établi à la clôture : les montants déclarés doivent pouvoir s’y raccrocher sans contorsion.
Trois réflexes rendent l’exercice beaucoup plus simple. D’abord, distinguer ce qui relève du patrimoine et ce qui relève de l’activité : le Bilan comptable décrit ce que possède et doit l’association à une date donnée, alors que le BPF s’intéresse aux produits et charges de l’année. C’est donc surtout le compte de résultat qui alimente les cadres C et D. Si la différence entre les deux documents reste floue au sein du bureau, un détour par notre article Compte de résultat et bilan clarifiera ce que chaque état financier mesure.
Ensuite, suivre l’activité de formation séparément tout au long de l’année. Le Code du travail demande d’ailleurs aux organismes qui exercent d’autres activités de suivre la formation de façon distincte en comptabilité. Une Compta analytique, même rudimentaire (un code par activité affecté à chaque écriture), permet d’extraire en quelques minutes les produits et charges propres à la formation, au lieu de les estimer au doigt mouillé en mai.
Enfin, raisonner en exercice et non en encaissements. Une formation réalisée en décembre et payée en février se rattache à l’exercice de décembre. Le Tableau de flux de trésorerie est précieux pour piloter les entrées d’argent, mais il ne doit pas servir de base au BPF, sous peine de décaler des montants d’une année à l’autre.
Reste la question des subventions. Une aide de fonctionnement globale versée par une commune n’a pas sa place dans le cadre C. En revanche, un financement public qui paie explicitement des parcours de formation (une région qui finance des places pour des demandeurs d’emploi, par exemple) relève de la ligne des pouvoirs publics. En cas de doute sur une ligne précise, la convention de financement fait foi, et le service régional de contrôle peut être interrogé.
Cas particuliers à connaître avant de remplir le formulaire
Aucune action réalisée sur l’exercice
Le dépôt reste obligatoire : on transmet alors un bilan dont les montants et les effectifs sont à zéro. Ne rien envoyer revient à se placer en situation de non-transmission, ce qui est plus pénalisant.
Premier exercice après l’obtention du numéro
Un organisme déclaré en cours d’année remplit en principe un bilan pour cette première période, même courte. Il est prudent de vérifier dans MAF l’exercice demandé, notamment lorsque la déclaration d’activité a été enregistrée dans les derniers mois de l’année.
Exercice comptable décalé
Beaucoup d’associations clôturent au 31 août ou au 30 juin pour suivre la saison sportive ou l’année scolaire. Le BPF porte alors sur le dernier exercice clos, avec ses dates réelles, et non sur l’année civile. L’essentiel est de garder la même logique d’une année sur l’autre.
Sous-traitance entre organismes
Quand votre association intervient pour le compte d’un autre organisme, les sommes reçues figurent dans les produits issus de contrats avec d’autres organismes de formation, et les stagiaires concernés dans le cadre G. Le donneur d’ordre, lui, déclare ces mêmes stagiaires dans son propre bilan pédagogique, en signalant la part d’activité confiée à l’extérieur. Chacun déclare donc sa part, sans que les heures soient comptées deux fois dans le même formulaire.
Erreurs fréquentes dans le BPF et bonnes pratiques de préparation
Les mêmes maladresses reviennent chaque printemps, et la plupart se corrigent par un peu d’organisation en amont.
- Déclarer des montants TTC. Le formulaire attend des montants hors taxes. Une association non assujettie à la TVA déclare simplement les sommes facturées, qui ne comportent pas de taxe.
- Confondre heures de formation et heures-stagiaires. Une session de 14 heures suivie par 10 personnes représente 140 heures-stagiaires, pas 14.
- Reporter tout le budget de l’association. Cotisations, buvette, dons ou subventions de fonctionnement gonflent artificiellement les produits et brouillent la lecture du contrôleur.
- Oublier une source de financement. Les dossiers payés via le CPF transitent par la Caisse des dépôts et ont leur propre ligne, tout comme les financements des OPCO selon le dispositif.
- Oublier les intervenants bénévoles ou extérieurs qui ont réellement animé des heures, ou au contraire compter des personnes qui n’ont fait que de l’administratif.
- Attendre la dernière semaine de mai. La plateforme est alors très sollicitée et la moindre pièce manquante devient un problème.
La meilleure parade consiste à tenir un tableau de suivi des sessions au fil de l’eau : dates, durée, nombre de participants, type de public, financeur, montant facturé. Avec les feuilles d’émargement rangées au même endroit, le BPF se remplit presque en recopiant ce tableau. Conservez aussi ces justificatifs plusieurs années : en cas de contrôle, l’administration peut demander de prouver chaque chiffre déclaré.
BPF absent ou vide : le risque de caducité de la déclaration d’activité
Le Code du travail prévoit que la déclaration d’activité devient caduque lorsque le bilan pédagogique et financier n’a pas été adressé à l’administration ou lorsqu’il ne fait apparaître aucune activité de formation. La caducité est constatée par les services de l’État, qui en informent l’organisme.
Les conséquences sont concrètes. L’association n’est plus reconnue comme organisme de formation, ses actions ne peuvent plus être prises en charge par les financeurs qui exigent un numéro valide, et la certification Qualiopi, qui suppose une déclaration d’activité active, se trouve elle aussi fragilisée. Il faut alors déposer une nouvelle déclaration, avec les délais que cela suppose, au risque de perdre des sessions déjà programmées.
Le BPF à zéro écarte le grief de non-transmission, mais il ne protège pas indéfiniment un numéro qui ne sert plus. Si l’activité de formation de l’association est en sommeil durable, mieux vaut en discuter en bureau : conserver le numéro implique de pouvoir justifier une activité réelle. En cas de situation ambiguë, le service régional de contrôle de votre DREETS reste l’interlocuteur à privilégier avant l’échéance plutôt qu’après.
+Une association doit-elle inclure ses cotisations d’adhérents dans le BPF ?
Non. Les cotisations financent la vie associative et non une prestation de formation identifiée. Seuls les produits rattachés aux actions de formation, de bilan de compétences, de VAE ou d’apprentissage sont à déclarer.
+Le BPF tient-il lieu de comptes annuels pour l’organisme ?
Non. Les organismes de formation de droit privé établissent par ailleurs leurs comptes annuels (bilan, compte de résultat, annexe). Le BPF en extrait seulement la part liée à la formation, complétée par des données pédagogiques.
+Que faire si l’échéance du 31 mai est dépassée ?
Déposer le bilan au plus vite sur Mon Activité Formation si la plateforme le permet encore, puis prendre contact avec le service régional de contrôle pour expliquer le retard. Plus la régularisation est rapide, plus le risque de caducité du numéro diminue.
+Peut-on modifier un bilan déjà validé sur la plateforme ?
Une fois la déclaration validée, la correction n’est pas toujours possible directement en ligne. Le plus sûr consiste à signaler l’erreur au service régional de contrôle de la DREETS, qui indiquera la marche à suivre selon la période de campagne.
+Comment déclarer les formations suivies par des bénévoles non facturées ?
Si ces sessions relèvent de l’activité déclarée de l’organisme, les stagiaires et les heures apparaissent dans la partie pédagogique, même sans produit facturé. Les charges engagées, comme la rémunération d’un intervenant, figurent dans le cadre des charges.
